L’héliciculture, ou élevage d’escargots géants, prend de l’ampleur en Côte d’Ivoire, malgré son statut encore marginal. Facile à mettre en place, peu coûteuse et très rentable, cette activité attire de plus en plus d’entrepreneurs, surtout dans les zones humides du pays.
Active depuis une dizaine d’années, la filière d’élevage d’escargots en Côte d’Ivoire connaît une croissance exponentielle. Selon le gouvernement ivoirien, la production mensuelle a été multipliée par dix en cinq ans, passant de 25 tonnes à environ 250 tonnes d’escargots géants par mois (Africanews, 2023). Ce développement s’accompagne d’un engouement croissant d’environ 25 000 éleveurs à ce jour, avec l’objectif d’atteindre 100 000 producteurs dans les années à venir grâce à la formation et au soutien d’acteurs spécialisés comme Côte d’Ivoire Expertise Escargots (CIEE). Cette entreprise, un des leaders du secteur, gère aujourd’hui 50 fermes, emploie 75 salariés et forme environ 200 personnes chaque mois.
Une rentabilité attractive pour les éleveurs
Jean-Norbert Akéssé, éleveur à Azaguié, illustre l’attractivité économique de la filière. Après un investissement initial modeste d’environ 2 millions de FCFA (3 000 euros) pour créer sa ferme, il génère un revenu annuel confortable de 12 millions de FCFA (près de 18 300 euros), soit largement au-dessus du salaire minimum national fixé à environ 75 000 FCFA par mois. Ce revenu attire particulièrement les jeunes qui voient dans l’héliciculture une voie viable pour entreprendre.

« Je vous exhorte à investir dans l’élevage d’escargot. C’est un business très rentable. Il suffit d’être bien formé et mettre en application. J’entreprends dans ce secteur depuis quelques années. Je confirme que c’est rentable », a déclaré Jean-Norbert Akéssé, éleveur à Azaguié, au cours d’un entretien.
À Abidjan, Aïcha Coulibaly, jeune entrepreneure, a lancé sa première ferme d’escargots, il y a deux ans. « Ce métier m’a permis de sortir de l’incertitude et de sécuriser mes revenus. Avec un marché local en forte expansion, je vois un avenir prometteur pour les nouvelles générations », a-t-elle témoigné.
De faibles coûts, une production biologique et un fort potentiel
L’élevage d’escargots comporte de faibles coûts d’intrants. Les escargots géants, pouvant peser jusqu’à 500 grammes et mesurer environ 10 centimètres, sont nourris avec des feuilles, fruits, légumes, maïs, mil ou soja, sans pesticide, dans un habitat recréé humide à l’abri du soleil. Cette production biologique séduit une clientèle locale qualifiant l’escargot comme un produit premium et de luxe (Africanews, 2023 ; Afrikipresse, 2023). De plus, leur fréquente ponte et reproduction rapide permettent une montée en charge rapide des fermes.
Un cadre technique encore insuffisant mais en voie d’amélioration
Bernus Bleu, expert en héliciculture et président de CIEE, souligne que la principale difficulté reste la pénurie de techniciens spécialisés. Seuls une quinzaine de techniciens couvrent l’ensemble du pays, ce qui limite la qualité du suivi et de la productivité (Interview Bernus Bleu, Élevage d’Afrique Info, 2024). Environ 18 000 personnes ont été formées à ce jour, mais souvent sur des stages courts, ce qui compromet la pérennité de certains élevages. Le taux d’installation après formation est estimé à 70%, avec environ 1 000 producteurs pleinement opérationnels.
« L’élevage permet d’avoir du produit toute l’année et résout le problème de la disparition de l’escargot sauvage. Toutefois, la pénurie de techniciens spécialisés limite encore la qualité du suivi et la productivité », a révélé Bernus Bleu, directeur Côte d’Ivoire Expertise Escargots (CIEE).
Développer la valeur ajoutée et la structuration du marché
Outre la production d’escargots pour la consommation, la filière développe la valorisation de la bave d’escargot, utilisée dans la fabrication de produits cosmétiques (savons, gels douche). Christian Alla, coordinateur d’un projet d’appui au Ministère des Ressources Animales, indique que la demande nationale pourrait atteindre 10 000 tonnes, tandis que la production actuelle reste autour de 250 tonnes mensuelles, indiquant un potentiel de croissance important (Ministère des Ressources Animales, présentation SIA 2024). Il insiste également sur le besoin d’une meilleure réglementation, d’une amélioration des normes, et d’une structuration efficiente pour envisager l’exportation.
Une opportunité économique et sociale majeure
Sur le plan économique, le prix local de l’escargot varie entre 7 000 et 10 000 FCFA/kg (soit 10 à 15 euros). Il offre une source importante de revenus pour les populations rurales (Africanews, 2023). Le Ministère des Ressources Animales encourage les jeunes à s’engager dans cette filière, qui contribue à la diversification économique et à la lutte contre la pauvreté rurale. Des coopératives se créent progressivement pour améliorer la commercialisation et la transformation.

Selon une étude antérieure, le commerce des escargots à Abidjan réalise un bénéfice mensuel brut moyen de 184 000 FCFA, soit environ 411 dollars américains, un gain supérieur à d’autres activités comme l’élevage de poulets (LRRD, 2008).
L’héliciculture en Côte d’Ivoire, connaît une croissance rapide portée par un marché local en expansion et un fort intérêt des jeunes entrepreneurs. Pour assurer un développement durable, il est crucial de renforcer la formation technique, d’améliorer l’accompagnement des éleveurs et de structurer la filière, notamment pour la valorisation et la commercialisation. Avec un soutien accru, cette filière porteuse représente une opportunité majeure pour diversifier l’agriculture, créer des emplois et réduire la pauvreté rurale.
Françoise Konan
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