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Côte d’Ivoire / Prof Prao Yao Séraphin (Enseignant chercheur ivoirien) : « La création du fonds souverain en Côte d’Ivoire est salutaire à condition de maitriser les risques associés »

Prof Prao Yao Séraphin, Economiste, Enseignant-chercheur.
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En Côte d’Ivoire, le Conseil des ministres du mercredi 15 avril a adopté une ordonnance portant création, organisation et fonctionnement du Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI). Le dispositif inclut un projet de loi de ratification et un décret d’application. Dans cette interview, le professeur Prao Yao Séraphin, Economiste et enseignant chercheur ivoirien, répond aux questions des journalistes ivoiriens sur la création de ce fonds et les potentiels risques associés.

Professeur en tant qu’économiste comment définissez-vous un fonds souverain ?

Un fonds souverain (ou sovereign wealth fund) est un fonds d’investissement public, un fonds de placement financier détenu et contrôlé par un État. Contrairement aux fonds privés, il gère l’épargne nationale et les excédents financiers du pays pour atteindre des objectifs macroéconomiques à long terme. Le fonds souverain investit à long terme dans des actifs variés (actions, obligations, immobilier) pour diversifier l’économie et préparer l’avenir. Contrairement aux réserves de change classiques, les fonds souverains visent des rendements élevés en investissant dans des actifs variés (actions, obligations, immobilier, infrastructures) partout dans le monde.

En définitive, la création d’un fonds souverain est un acte stratégique par lequel un État décide de placer ses excédents financiers (issus des ressources naturelles ou du commerce) dans un véhicule d’investissement à long terme. Ces fonds visent à stabiliser l’économie face aux chocs, à épargner pour les générations futures ou à financer des projets de développement stratégiques.

 Pouvez-vous nous donner les raisons de la création de ce fonds souverain ?

Vous savez que la Côte d’Ivoire devient un pays avec un sous-sol riche et ses découvertes d’hydrocarbures invitent à penser non seulement sa gestion mais également aux générations futures. Le sous-sol de la Côte d’Ivoire, en pleine valorisation, contribue à environ 4,5 % du PIB grâce à l’or (58 tonnes en 2024), au manganèse, au nickel, et surtout à l’émergence d’hydrocarbures (gisements Baleine et Calao). Cette richesse minière et pétrolière en essor, générant des centaines de milliards de FCFA, transforme le pays en un pôle énergétique majeur en Afrique de l’Ouest. En effet, avec des découvertes majeures comme le champ Baleine, la Côte d’Ivoire vise une production de plus de 200 000 barils de pétrole par jour à l’horizon 2027, s’affirmant comme un exportateur net. Le champ Baleine est estimé à 2,5 milliards de barils de brut. La production d’or a plus que doublé en dix ans, passant à 58 tonnes en 2024. Le secteur, avec des sites comme la mine d’Ity, génère des recettes fiscales importantes (plus de 94 milliards FCFA en 2019). Le pays exploite également du manganèse (production multipliée par 30), du nickel, de la bauxite, du diamant, et prospecte du lithium et du coltan.

Quels sont les objectifs assignés par le gouvernement ivoirien à la création de ce fonds souverain ?

Selon Amadou Coulibaly, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, la création du FSD-CI s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2012 pour structurer un pôle financier public. Ce dispositif s’appuie notamment sur la Caisse des dépôts et consignations de Côte d’Ivoire, le Fonds de garantie pour les PME et les caisses de retraite réformées.

Le nouveau Fonds vient compléter cet ensemble afin de renforcer les capacités de financement de l’économie et de soutenir la mobilisation de ressources adaptées aux besoins d’investissement. Cette intégration traduit une évolution du rôle de l’État dans l’allocation des ressources et dans l’accompagnement des projets d’infrastructures. Elle vise à structurer l’intervention financière sur des horizons de moyen et long terme.

Le FSD-CI est une personne morale chargée de la gestion et de la valorisation des actifs de l’État, ainsi que du financement et de la structuration de projets d’infrastructures et d’investissements liés à la transformation de l’économie. Le Fonds est créé pour répondre à trois objectifs. Le premier est de financer les infrastructures stratégiques et prioritaires de la Côte d’Ivoire.  Le second est la stabilisation économique face aux chocs exogènes liés à un environnement international aléatoire. Le troisième est la constitution d’une épargne publique de long terme.

A quoi servent les fonds souverains et quels sont les types de fonds ?

Les fonds souverains sont devenus des acteurs majeurs de la finance internationale, si l’on en juge notamment par leur encours total sous gestion, estimé en 2017 à 9,4 trillions de dollars. En 2025, les fonds souverains du Golfe contrôlaient collectivement environ plus de 5 350 milliards de dollars, soit près de 40 % des AUM (Assets Under Management) des fonds souverains dans le monde, estimés à 13 000 milliards de dollars. Leur essor rapide au cours des 20 dernières années a été favorisé par la hausse des prix des matières premières ou celle des excédents de balances des paiements de certains pays, notamment émergents. Leur origine tient à la nécessité de lisser l’impact de la volatilité des prix des hydrocarbures, après que les années 1970-1980 ont vu nombre de pays exportateurs victimes de ce que l’on a qualifié de « Dutch disease » (maladie hollandaise) : leurs recettes liées à l’exportation d’hydrocarbures ont alors conduit à une surévaluation des devises nationales et à une détérioration de la compétitivité de l’économie non pétrolière, et ainsi à une très forte vulnérabilité aux fluctuations des prix des matières premières.

On peut également souligner que la création d’un fonds souverain a fréquemment été recommandée par le FMI dans ses programmes d’ajustement structurel appliqués aux pays exportateurs de matières premières, afin d’encourager l’épargne nationale et de lisser les fluctuations cycliques. Concernant la typologie des fonds souverains, on peut en dénombrer trois types de fonds souverains. D’abord, il y a les fonds de stabilisation, destinés à faire face à des chocs macroéconomiques et à une crise soudaine de la balance des paiements, notamment dans le cas d’une forte baisse des prix des matières premières ;

Ensuite, nous avons les fonds d’épargne, destinés à mettre de côté une partie des excédents courants pour faire face à la raréfaction à long terme des ressources naturelles détenues. Enfin, les fonds de développement, qui ont pour objectif principal d’investir dans l’économie locale pour favoriser son développement.

 

Leurs différences d’objectifs se traduisent par des allocations d’actifs très typées. D’une part, prudentes dans le cas des fonds de stabilisation, sujets à d’importants risques de retraits en cas de besoin de ressources supplémentaires de la part de leur gouvernement. D’autres part, ils sont largement dominés par les actifs risqués mondiaux, actions et alternatifs, dans le cas des fonds d’épargne disposant d’un horizon d’investissement très long. Et enfin, ils sont essentiellement domestiques dans le cas des fonds de développement.

Le recul est désormais suffisant pour établir un diagnostic des fonds souverains, qui jouent un rôle majeur dans la gestion des revenus spécifiques et des surplus budgétaires des pays concernés, et dont on sait à présent qu’ils doivent être régis par des principes clairs en matière d’épargne et de distribution de revenus.

Quels sont les 10 premiers fonds souverains dans le monde et les zones d’investissement ?

Le premier est le Government Pension Fund Global (norges bank) avec plus de 2000 milliards de dollars. Le deuxième est le Safe Investment company (chine) avec 1 690 milliards $, le troisième est le China Investment Corporation (CIC) avec 1570 milliards de dollars. Le quatrième est Abu Dhabi Investment Authority (ADIA) avec 1200 milliards de dollars et le cinquième Public Investment Fund (PIF) (Arabie Saoudite) avec 1150 milliards de dollars. Le sixième est Kuwait Investment Authority (KIA) avec 1000 milliards de dollars puis le septième Danantara Investment Authority avec 1000 milliards de dollars. Le huitième est le GIC Private Limited (singapour) avec 940 milliards de dollars, le neuvième HKMA Investment Portfolio (Hong Kong) avec 532 milliards de dollars. Le dixième est le Qatar Investment Authority (QIA) avec 530 milliards de dollars.

Concernant les zones d’investissement, après avoir longtemps investi leurs réserves dans des bons du Trésor américain, des actifs non risqués et liquides, ou dans des fleurons du capitalisme européen et américain, ils font le pari d’une gestion plus dynamique en investissant dans des produits plus risqués et plus rémunérateurs (capital-investissement, hedge funds ou infrastructures). De nouveaux horizons d’investissements plus longs et diversifiés contribuent à inclure progressivement d’autres classes d’actifs, avec des exigences de rendement et de performances de plus en plus élevées.

L’Amérique du Nord est la destination principale de leurs investissements (elle représente par exemple 52 % des actifs d’ADIA). Ces dernières années, les fonds ont tous augmenté leur exposition sur cette zone. Le PIF a investi près de 7,6 milliards de dollars dans une vingtaine d’entreprises américaines, dont Alphabet, Microsoft et Zoom. L’Europe demeure également une destination privilégiée : le Royaume-Uni, mais aussi la France, l’Allemagne et de plus en plus l’Italie et l’Espagne ont vu les investissements augmenter de manière significative ces dix dernières années. En 2025, MGX a décidé d’investir 50 milliards de dollars dans l’IA et les data centers en France.

La chine a connu un accroissement significatif des investissements des fonds souverains du Golfe, intéressés notamment par son potentiel technologique et par la qualité des relations politiques nouées au fil des ans. Dans le même temps, l’interdépendance avec Pékin s’est renforcée : la Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial des monarchies du Golfe.

Ces dernières années, les fonds du Golfe ont considérablement accru leurs investissements en Asie et dans des pays émergents. C’est le cas pour l’Inde, où les Émirats arabes unis comptent doubler leurs investissements à moyen terme pour atteindre 50 milliards de dollars, pour l’Asie du Sud-Est (Indonésie et Malaisie) ou encore pour l’Égypte, la Turquie, le Maroc et, de plus en plus, l’Amérique du Sud.

La création du FSD-CI est-elle une innovation majeure? quels sont les mécanismes de financement de ce fonds souverain ?

Réponse : Oui, la création du fonds est une innovation majeure dans le financement des infrastructures et la gestion des ressources financières du pays.  La création d’un fonds souverain est un acte stratégique par lequel un État décide de placer ses excédents financiers (issus des ressources naturelles ou du commerce) dans un véhicule d’investissement à long terme. Ces fonds visent à stabiliser l’économie face aux chocs, à épargner pour les générations futures ou à financer des projets de développement stratégiques. Comme rappelé plus haut, la création du FSD-CI s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2012 pour structurer un pôle financier public. Ce dispositif s’appuie notamment sur la Caisse des dépôts et consignations de Côte d’Ivoire, le Fonds de garantie pour les PME et les caisses de retraite réformées.

Pour ses ressources financières, le financement du Fonds repose sur les ressources extractives et sur les actifs publics du pays. En effet, le financement du Fonds repose sur l’affectation d’une part des revenus issus de l’exploitation des ressources minières et énergétiques, ainsi que sur le transfert d’actifs publics. Ce mode de financement permet de mobiliser des ressources en dehors du budget classique et de soutenir le financement de projets d’infrastructures sans impact direct sur le solde budgétaire.

Quels sont les risques associés à la création du FSD-CI ?

 Selon le gouvernement, le dispositif prévoit des mécanismes de gestion des risques, de contrôle interne, de transparence et de reddition des comptes alignés sur les pratiques des fonds souverains. Il intègre également une fonction de stabilisation visant à constituer des réserves mobilisables en cas de chocs externes, notamment en cas de variations des prix des matières premières ou de tensions financières. Mais fort de la gestion connue des deniers publics, des risques potentiels existent.

►Le risque lié à un défaut de transparence dans les nominations et organes

Si on prend le cas de la Norvège, nous constatons qu’après la découverte du pétrole en 1969, un comité d’experts a été mis en place (Comité TEMPO) et a proposé, en 1983, la création du fonds souverain. La législation relative à la création a été adoptée en 1990 et les fonds déposés sur le compte, en 1996. En 2001, une nouvelle loi a fixé le plafond des dépenses du fonds à 4% du rendement annuel des investissements du fonds. Ce pourcentage a été ramené à 3% en 2017. En 2022, le gouvernement a actualisé les conditions du fonds afin de se désengager des entreprises associées aux risques climatiques et d’investir dans celles qui s’alignent sur l’objectif d’émissions nettes nulles d’ici 2050. Dans ce cas qui sert de benchmark, la création n’a rien de politique et les parlementaires contrôle les ressources et ses utilisations.

►Des règles précises en matière de dépenses de l’Etat à respecter

Les découvertes de ressources minières et pétrolières, ne doivent pas autoriser l’Etat, à avoir un comportement dispendieux et hasardeux. En Norvège par exemple, le gouvernement construit en effet un budget hors pétrole, qui peut être déficitaire à hauteur de 4 % maximum des actifs du fonds souverain, ce chiffre de 4 % correspondant à la rentabilité annuelle anticipée en termes réels pour le portefeuille du fonds. Cette règle des 4 % représente un engagement implicite à court terme pour GFPG (Government Pension Fund Global (GPFG) of Norway). Elle est appliquée avec une certaine souplesse puisqu’en cas de conjoncture économique très favorable, un budget contra-cyclique peut être voté, nécessitant de moindres transferts de la part de GFPG. On peut également remarquer qu’avec l’accroissement de la taille du fonds souverain, cette règle des 4 % donne au gouvernement la possibilité de fixer un déficit budgétaire hors pétrole de plus en plus élevé en pourcentage du PIB.  Des discussions ont d’ailleurs eu lieu dès 2013 pour réviser cette « règle de dépenses », et une réduction de 4 à 3 % a finalement été décidée en février 2017.

►Des règles précises en matière de recettes de l’Etat

GPFG bénéficie des taxes et royalties générées par l’extraction de pétrole et gaz, mais aussi des revenus nets issus de la cession sur les marchés financiers des titres de la compagnie pétrolière nationale Statoil, ainsi que de la rentabilité générée par le fonds au-delà du seuil de rendement annuel, initialement fixé à 4 %, transféré au budget de l’Etat norvégien.

► Il faut clarifier l’utilisation des fonds par l’Etat

Créé en 2006, le Government Pension Fund Global, ou GPFG, a succédé au Petreoleum fund qui avait vu le jour dès 1990 pour gérer les excédents de réserves de change provenant de l’exportation de pétrole norvégien. Il se range clairement dans la catégorie des fonds d’épargne, et même s’il n’a pas un objectif explicite de financement des retraites futures, son intitulé souligne clairement son caractère intergénérationnel. En Norvège, chaque année, le gouvernement n’est autorisé à dépenser que l’équivalent du rendement réel du fonds, estimé à 3-4%. Chaque fois qu’il y’a un déficit dans le budget du gouvernement, il est couvert par l’argent du fonds, tandis que les excédents sont transférés au fonds, afin de garantir la capacité du gouvernement à dépenser plus en temps de crise.

► Il faut respecter la règle de hotelling en matière de gestion des ressources épuisables

Harold Hoteling (1895-1973), économiste-mathématicien, est l’un des économistes de l’environnement du 20e siècles, les plus connus avec Arthur Pigou (l’écotaxe), Garrett Hardin (tragédie des communs) et Ronald Coase (l’un des inspirateurs du marché des « droits à polluer »). La règle de Hotelling, décrivant la trajectoire optimale de long terme du prix d’un actif épuisable, est utilisée de longue date en économie des ressources naturelles. En effet, la règle énoncée en 1931, labélisée par Robert Solow en 1974, porte sur l’allocation inter-temporelle optimale d’une ressource finie. Elle stipule qu’à l’équilibre, en situation de libre concurrence, il y a égalisation entre le taux de croissance du prix net de la ressource et le taux d’intérêt de marché. L’intuition derrière ce principe est simple. Le détenteur d’un stock fini de ressources a deux options devant lui : vendre son stock pour placer sur les marchés la somme reçue de la vente ou bien conserver son stock en attendant que le prix augmente en raison de la rareté accrue promise par le caractère fini de la ressource. Le point d’équilibre du producteur se situe à l’égalisation des deux rémunérations potentielles, quand l’intérêt issu du placement est identique à l’accroissement du prix de la ressource.

 ►Il faut miser sur une allocation prudente des actifs

La première étape de la construction du portefeuille de GFPG consiste à définir un portefeuille de référence, dont l’objectif est de maximiser le profil rendement/risque à l’intérieur des contraintes fournies par le management. La référence actuelle du fonds en matière d’allocation d’actifs est constituée à hauteur de 70 % d’actions internationales et de 30 % d’obligations internationales.  Le poids des premières a progressivement été accru, de 20 % à l’origine à 40 % en 2002, puis 60 % en 2007, pour atteindre 70 % en 2017. La structure géographique des placements en actions est très proche de celle des grands indices de référence internationaux (elle est représentée par l’indice FTSE Global All Cap Index), et exclut le marché domestique, en raison de son étroitesse par rapport à la taille des actifs du fonds et par conséquent du risque qu’il soit déstabilisé par des mouvements d’allocation. La structure du portefeuille obligataire est également internationale, avec une prédominance des investissements en obligations gouvernementales, et représentée par une référence composée d’indices Bloomberg Barclays Global.  Le fonds est donc essentiellement exposé en devises étrangères.

Quelles sont donc les bonnes pratiques à imiter dans le cas de la Côte d’Ivoire ?

 Il est possible de citer les cas de la Norvège (GPFG), du Koweït (KIA) et du Botswana (Pula Fund).

Prenons l’exemple de la Norvège (GPFG).

Le fonds souverain norvégien, du fait non seulement de la taille de ses actifs mais aussi des qualités qui lui sont reconnues en termes de gouvernance, mérite dans ce cadre une analyse particulière.

En 2025, le fonds souverain norvégien est le plus important au monde. Il gère les actifs de la Norvège et les investit dans le but de générer des rendements à long terme pour les générations futures. Il gère un portefeuille de 2 100 milliards de dollars et détient environ 1,5 % de toutes les actions mondiales.

Plus grand fonds souverain au monde, le fonds norvégien Government Pension Fund Global dispose de plusieurs outils pour s’assurer que les entreprises de son portefeuille défendent ses intérêts financiers à long terme.

Norges Bank Investment Management (NBIM), gestionnaire des actifs du Fonds, publie des « documents relatifs aux attentes » qui exposent les priorités et les normes de placement du Fonds. L’un de ces documents est consacré à la lutte contre la corruption. Il explique en quoi la corruption nuit à la performance à long terme des entreprises et à leur efficience économique, et propose trois piliers sur lesquels les bénéficiaires des investissements peuvent s’appuyer pour promouvoir leur intégrité :

  • (i) établir des politiques claires en matière de lutte contre la corruption ;
  • (ii) intégrer la lutte contre la corruption dans les activités des entreprises ;
  • (iii) rendre compte des programmes anticorruption et s’engager dans ce domaine. Conformément aux attentes détaillées dans ces documents, NBIM procède à un suivi actif des entreprises pour s’assurer que leurs pratiques s’inscrivent dans le droit fil du programme d’investissement du Fonds. Selon les résultats de ce suivi, le gestionnaire peut alors choisir d’investir, de céder des actifs ou de s’engager.

En outre, le Conseil d’éthique, dont le fonctionnement est indépendant du NBIM, assure également un contrôle du portefeuille du Fonds, et il peut recommander que le NBIM suive de près ou exclue une entreprise donnée jusqu’à ce que les risques de corruption aient été gérés. Lorsqu’il enquête sur une entreprise, le Conseil d’éthique assure une veille de plus de 80 000 sources médiatiques, dans 20 langues différentes. Il examine également les documents judiciaires et demande des informations à l’entreprise afin de déterminer s’il existe un risque inacceptable que celle-ci contribue à une corruption flagrante ou à une autre infraction financière grave, ou qu’elle en soit responsable. Bien que le NBIM ne soit pas tenu de suivre les préconisations du Conseil d’éthique, il a tendance à suivre les recommandations de cet organe.

Disons-le tout net, le fonds souverain norvégien constitue une référence en matière de gouvernance, en particulier s’agissant :

  • De la séparation des pouvoirs entre les différents intervenants,
  • D’engagement en matière de transparence,
  • D’une approche consensuelle dans la prise de décision, qui permet de limiter l’influence des changements de gouvernement.

Chaque partie prenante dispose ainsi d’un rôle bien précis :

  • Le Ministre des Finances joue le rôle du propriétaire du fonds et définit ses orientations stratégiques. Le ministère des finances détermine la stratégie d’investissement-tout changement majeur doit être approuvé par le parlement ;
  • Le Parlement vote toute législation concernant le fonds, approuve son budget annuel, nomme le conseil de surveillance et analyse les rapports sur les « guidelines » d’investissement du fonds et ses performances.
  • Le Comité exécutif de la banque centrale joue le rôle de gérant opérationnel du fonds. Il est composé de 7 membres : le gouverneur de la banque centrale, qui le préside, le sous-gouverneur, qui joue le rôle de vice-président, et 5 membres externes, dirigeants d’entreprises, représentants des salariés ou issus du monde académique. Les administrateurs doivent jouir d’une bonne réputation, d’indépendance d’esprit, d’intégrité et d’expertise. Le Comité délègue la gestion quotidienne du fonds à NBIM, département de la banque centrale dédié à la gestion des actifs du fonds. Le management opérationnel du fonds est ainsi assuré par une entité publique indépendante. Le conseil de surveillance de la banque centrale supervise ses activités et fait état de son analyse au Parlement.
  • Le conseil d’éthique indépendant procède à des évaluations éthiques de toutes entreprise avant que l’investissement n’ait lieu, et fournir des recommandations à la NORGES BANK sur toute entreprise qui devrait être exclue pour des raisons éthiques.
  • La banque centrale est responsable de sa gestion opérationnelle ;
  • L’auditeur général est chargé de l’audit de l’activité du fonds.

Cette organisation a pour objectifs de prévenir la corruption et la survenance du Dutch disease, ainsi que de veiller à une gestion rigoureuse des ressources publiques. Certes, il n’existe pas de règle absolue en matière de gouvernance, mais force est de constater que les objectifs d’indépendance, de transparence, de limitation de la volatilité ont jusqu’ici été bien respectés par le fonds souverain norvégien.

Prenons à présent l’exemple du Botswana (Pula Fund)

Le Botswana est reconnu pour la transparence de la gestion de ses fonds souverains, notamment le Pula Fund, souvent cité comme l’un des plus transparents d’Afrique, affichant un indice Linaburg-Maduell élevé (6/10). Créé en 1993, il gère les excédents des revenus diamantaires, plaçant environ 80% des réserves via la Banque du Botswana pour les générations futures.

Points clés de la transparence et gestion :

  • Transparence des données :Le Pula Fund publie des informations sur ses objectifs, ses rapports d’audit et la stratégie d’investissement.
  • Indice Linaburg-Maduell :Avec une note de 6, il figure parmi les rares fonds africains jugés transparents (avec l’Angola et le Nigeria).
  • Gestion Institutionnelle: Environ 80 % des actifs sont gérés par la Banque du Botswana, tandis que les 20 % restants appartiennent directement au gouvernement via le Compte d’investissement public.
  • Contrôle :La gestion est partagée entre la Banque du Botswana et des gestionnaires externes, garantissant une certaine surveillance.
  • Gestion prudente et réglementée :Il vise la préservation du capital et la diversification, souvent avec une règle d’investissement ne dépassant pas 1% du capital des entreprises cibles et excluant des secteurs comme l’armement ou le tabac.
  • Objectifs Clairs: Le fonds a deux missions principales : absorber les chocs externes et préserver la richesse issue des diamants pour les générations futures.

 

Aujourd’hui face à la baisse de la demande de diamants, le pays s’oriente vers de nouveaux partenariats et le renforcement des investissements stratégiques, comme en témoigne un accord d’investissement de 12 milliards de dollars signé en septembre 2025 avec le groupe qatari Almansu Holdings pour financer des centrales solaires et des zones industrielles. L’objectif étant la diversification économique (énergies renouvelables, infrastructures).

 Quel est  votre message particulier ?

 Je voudrais dire que la création du fonds souverain en Côte d’Ivoire est une bonne chose pour le développement économique du pays. Mais il faut se référer aux meilleurs cas de gestion dans le monde. Nous pouvons nous inspirer des cas norvégien et Botswanais. Par-dessus tout, la Côte d’Ivoire doit adopter les principes de Santiago, qui sont un ensemble de bonnes pratiques concernant les fonds souverains, définies par le FMI lors d’une réunion à Santiago en octobre 2008. Rédigés par le Groupe de Travail International sur les Fonds Souverains (L’international Forum of Sovereign Wealth Funds (IFSWF)) et approuvés par le Comité monétaire et financier international du FMI, les Principes de Santiago sont un ensemble de 24 principes et bonnes pratiques régissant la gouvernance, l’investissement et la gestion des risques des fonds souverains. Ce code de bonne conduite encourage la transparence, la bonne gouvernance, la responsabilité et les pratiques d’investissement prudentes. Les fonds souverains contribuent ainsi à la stabilité du système financier, réduisent les pressions protectionnistes et participent au maintien d’un climat d’investissement ouvert et stable. Les Principes de Santiago ont pour objectifs :

  • D’aider à maintenir un système financier mondial stable ainsi que la libre circulation des capitaux et des investissements ;
  • De se conformer à toutes les exigences règlementaires et de divulgation applicables dans les pays dans lesquels les fonds souverains investissent ;
  • De s’assurer que les fonds souverains investissent sur la base de risques économiques et financiers et de considérations liées au rendement ;
  • De s’assurer que les fonds souverains ont mis en place une structure de gouvernance transparente et saine qui assure des contrôles opérationnels, une gestion des risques et une responsabilité adéquate.

Ben Amon

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