Dans l’exercice naturel de ses activités, l’Autorité Nationale de la Presse (ANP) a procédé, le jeudi 29 janvier 2026 au lancement de la semaine de la presse. Et pour la circonstance, c’est la Maison de la Presse située dans la commune du Plateau qui a servi de cadre à cette cérémonie.
La famille de la presse dans son ensemble, aidée d’autres corporations socio-professionnelles, était dans la cité des affaires au Plateau pour le lancement de la 3ème édition de la Semaine nationale de la presse (SNP) à la Maison de la Presse d’Abidjan (MPA). « Le citoyen dans la société de l’information : Comment s’informer, comprendre et agir ? », est le thème de lancement de cette troisième édition de la SNP.

Aujourd’hui s’informer est devenu presque une compétence pour chacun des citoyens. Autrement, c’est apprendre à douter intelligemment, à croiser les points de vue et ne pas tout prendre pour argent comptant. Ainsi, pour le conférencier principal, Raoul Germain Blé, qui a animé la conférence inaugurale, il s’agit de déconstruire et de reconstruire dans le comportement quotidien.
Autrement, que doit-on faire du flot d’informations tirées de la radio, de la télé, des réseaux sociaux … ? Et selon le professeur conférencier, c’est là qu’interviennent trois logiques : la logique d’accès, la logique d’usage et la logique de compréhension et d’analyse.
En d’autres termes, quels sont les espaces où l’on vit l’information dans notre pays ? « Ce sont les endroits comme les maquis, les gbakas, les marchés, la maison où les gens parlent. Surtout la maison où se trouvent les prescripteurs (frères aînés) qui donnent des directives en fonction de ce qu’ils entendent. Sans oublier les médias traditionnels en plus de la presse numérique », a-t-il répondu. Pour lui, dans la logique d’accès de « comment informer », il y a une interrogation précise. Quelle est la part de l’Etat pour que le citoyen ait facilement accès à l’information ? Ici, dira-t-il, cette interrogation convoque et l’Etat et le citoyen.

Tout en préconisant comme solutions entre autres, la confection des cases d’information sur toute l’étendue du territoire. Une façon de démocratiser, de décoloniser, de dédramatiser l’information. Ainsi, contribuera-t-il à notre propre socialisation. Car, soutient-il, c’est la dramatisation de l’information qui tue la cohésion sociale. Concernant la logique d’usage, le Prof Blé recommande en plus de l’éducation média, de donner de la valeur à l’école pour un bon usage des outils de l’information dont disposent les populations. Notamment les enfants afin qu’ils soient bien socialisés (bien encadrés).
« Enfin la logique de compréhension nous invite au contexte. Or, pour mieux comprendre, il faut être éduqué pour avoir les moyens de la compréhension de ce que l’on nous offre », a déclaré le conférencier. Tout en indiquant que la société d’informations nous invite en outre à être responsables face à ce déluge informationnel. C’est-à-dire, être assez lucides pour prendre de la distance et trier en fonction de notre compréhension.
Pour Dr Bamba Sidiki, à l’heure du numérique, la circulation de l’information est devenue instantanée. Face à cette profusion de contenus, le rôle du citoyen évolue également. Il n’est plus un acteur passif mais un acteur actif. Mais la préoccupation majeure de ce dernier, est bien entendu de pouvoir distinguer une information fiable d’une information erronée. « Dès lors, il se dégage trois axes : informer, comprendre et agir », a déclaré Dr Bamba.

Et d’ajouter que s’informer représente un ensemble de défis dans la société de l’information. Pour lui, l’information est une ressource sociale. Dans la mesure où c’est un bien public central dans les régimes démocratiques et partout ailleurs. L’information, a-t-il poursuivi, est un genre de nourriture intellectuelle dont tout le monde a besoin. En d’autres termes, l’information construit notre société, notre capacité d’attention. Lorsqu’il y a une information, elle nous oblige à prendre une décision. Elle est donc un pouvoir. Et d’ajouter par ailleurs que la surcharge d’informations favorise la propagation de contenus faux ou trompeurs.
« Des gens sans statut, sans pedigree disent quelque chose et les gens croient. Simplement parce que quelqu’un a dit », s’est-il étonné. Pour le second axe, il recommande la contextualisation afin de ne pas prendre tous faits pour vrais sans connaître le contexte de cette information. Alors, estime-t-il, si l’information est bien comprise, on peut agir. C’est-à-dire la transformer en décision citoyenne par notre apport au débat de la société, s’engager dans une initiative communautaire ou voter en connaissance de cause. Ainsi donc, elle devient un outil de savoir, de décision ou un pacte de responsabilité sociale.
Dans son intervention, Agnès Khraidy, représentant le ministre de la Communication, a signifié que cette troisième édition de la semaine de la presse est celle de la maturité. « Elle témoigne de votre détermination constante à faire de l’ANP non seulement le garant de l’éthique journalistique mais aussi un acteur majeur de l’éducation à la citoyenneté. A travers la semaine nationale de la presse vous contribuez à la formation des citoyens éclairés capables de discernement dans une société de l’information de plus en plus complexe », s’est-elle prononcée pour louer le travail accompli par le président Samba et son équipe.

Et d’ajouter que ce présent lancement s’inscrit en droite ligne de la vision du président de la République, Alassane Ouattara. « En acceptant de présider cette édition, je réaffirme l’engagement du gouvernement à bâtir cette grande Côte d’Ivoire ambitieuse et solidaire qui se construit avec des citoyens bien informés et les médias qui respectent les règles de leur profession. Le défi n’est plus d’accéder à l’information mais de savoir la traiter et s’en protéger lorsqu’elle est malveillante.
Nous devons synchroniser nos efforts pour que cette ère du digital soit une opportunité de croissance et non un vecteur de fracture sociale », a déclaré l’envoyée du ministre Amadou Coulibaly. Par ailleurs, Agnès Khraidy a rappelé les actions initiées par le ministère de tutelle, comme la campagne nationale d’éducation médias intitulée : ‘’Ne croyez pas tout ce que vous voyez en ligne’’.
« A travers le contenu, nous comprenons que la semaine nationale de la presse n’est pas qu’une affaire de journalistes, c’est un rendez-vous citoyen. J’invite donc, l’ensemble des populations, des étudiants, les élèves, consommateurs des contenus médiatiques que nous sommes, à s’approprier ce programme riche et interactif avec des ateliers, des rencontres, des immersions en entreprises, des formations… beaucoup d’activités qui vous invitent à vous immerger dans ce monde d’informations qui nous gouverne et pour lequel nous devons être formés en permanence », a invité Mme Khraidy avant de déclarer le lancement officiel de la troisième édition de la semaine de la presse.
« S’informer n’est plus aujourd’hui un acte passif. C’est un exercice de discernement constant. Entre les faits vérifiés et les rumeurs virales, entre journalisme de qualité et les contenus générés sans rigueur éthique, le citoyen est désormais l’arbitre de sa propre consommation médiatique. Face à ce défi, l’Autorité Nationale de la Presse (ANP) réaffirme sa conviction : la régulation d’aujourd’hui et de demain ne sera pleinement efficace que si elle s’accompagne d’une éducation renforcée du public aux médias et à l’information », a déclaré Samba Koné, président de l’ANP.
« Mieux s’informer », dira-t-il, c’est réapprendre à identifier les sources fiables, comprendre le travail de collecte, de vérification et de traitement qui distingue le journalisme professionnel du simple relais d’opinion ou de rumeurs. C’est entre autres, pour chacun de nous, faire preuve d’esprit critique avant de partager une information. « Cette édition 2026 de la SNP est une invitation au dialogue entre professionnels des médias et le public, et entre ces professionnels et les apprenants issus de divers niveaux de formation », a indiqué également le patron de la régulation de la presse imprimée et numérique.
Eu égard à l’intérêt de l’événement, on notait la présence très remarquée de la grande famille des médias et de personnalités de marque venues de divers horizons.
Félix Yao
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