Le Collectif des victimes des déguerpissements de Yopougon Gesco, par la voix de sa porte-parole, Rose Koné, dénonce l’absence de solutions durables pour les familles sinistrées. Lors d’une conférence de presse tenue le mardi 20 octobre 2026 à Yopougon, l’organisation a salué une avancée dans la procédure judiciaire engagée contre le District autonome d’Abidjan et réaffirmé ses exigences : reconnaissance des droits fonciers, réparation des préjudices et relogement des populations concernées.
La situation des victimes des déguerpissements de Yopougon Gesco reste une source de vive préoccupation pour les familles touchées. Plusieurs mois après les opérations de démolition menées dans les quartiers de Cité Éden, des « Pays-Bas » et des zones environnantes, le Collectif des victimes affirme qu’aucune solution durable n’a été apportée aux personnes sinistrées.
C’est le principal message porté par Rose Koné, porte-parole du Collectif, lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 20 octobre 2026 dans la commune de Yopougon. À travers cette rencontre avec la presse, l’organisation entend attirer l’attention de l’opinion publique et des autorités sur les conséquences humaines, sociales et économiques des déguerpissements, tout en faisant le point sur la procédure judiciaire engagée contre le District autonome d’Abidjan.
Selon le Collectif, les opérations de déguerpissement ont entraîné la destruction de nombreuses habitations, la perte de biens personnels et la disparition de plusieurs activités commerciales. Ces démolitions auraient plongé des centaines de familles dans la précarité, bouleversant profondément leurs conditions de vie.
Le Collectif a rappelé qu’en février 2026, le gouvernement avait annoncé le relogement des populations sinistrées ainsi que l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les circonstances des démolitions. Toutefois, selon les victimes, ces engagements n’ont pas encore débouché sur des solutions concrètes.
Les pistes de relogement évoquées à Songon et à Ebimpé n’auraient notamment pas abouti. Face à cette situation, les familles concernées continuent de réclamer des mesures urgentes pour retrouver un cadre de vie digne.
Le Collectif estime que près de 250 familles, correspondant à environ 250 maisons, ont été touchées sur le site de Yopougon Gesco. Il demande aux pouvoirs publics d’envisager la reconstruction des habitations détruites ou, à défaut, de garantir un relogement convenable aux victimes.
Au-delà de la situation sociale des sinistrés, la conférence de presse a été l’occasion de revenir sur la procédure judiciaire engagée contre le District autonome d’Abidjan devant le tribunal de première instance de Yopougon.
Selon le Collectif, cette action a été introduite pour abus de pouvoir et d’autorité, les victimes estimant que leurs droits n’ont pas été respectés lors des opérations de déguerpissement.
Le dossier a été examiné lors d’une audience tenue le 30 juillet 2026, avant d’être transmis au ministère public pour avis. À l’issue de son examen, celui-ci a estimé nécessaire de procéder à une expertise immobilière contradictoire portant sur les biens détruits dans les quartiers concernés.
Cette expertise doit permettre d’évaluer objectivement la nature et l’étendue des préjudices subis par les propriétaires et les autres personnes affectées.
Le Collectif considère cette orientation comme une avancée importante dans sa quête de justice. Il a appelé toutefois à la diligence et à la transparence dans la conduite de l’expertise, afin que l’ensemble des biens détruits soient pris en compte et que les victimes puissent obtenir une réparation à la hauteur des dommages subis.
L’un des principaux arguments avancés par les victimes concerne la situation juridique des terrains sur lesquels étaient construites leurs habitations.
Le Collectif affirme que plusieurs familles disposent d’arrêtés de concession définitive (ACD) et de titres fonciers attestant, selon lui, de leurs droits sur les parcelles concernées.
Sur cette base, il a demandé que ces documents soient pleinement reconnus et que les droits fonciers des victimes soient préservés.
Pour l’organisation, la résolution de cette crise ne saurait se limiter à une évaluation financière des pertes. Elle doit également permettre aux familles de retrouver leurs terres ou de bénéficier d’une solution de relogement digne et durable.
Le Collectif souhaite ainsi que les conclusions de l’expertise immobilière servent de fondement à une réparation intégrale des préjudices matériels et moraux, notamment les pertes financières, les dommages liés à la destruction des logements et les conséquences psychologiques de ces opérations.
Ces revendications constituent, selon ses responsables, des conditions essentielles pour restaurer la confiance des populations concernées dans les institutions et dans la justice.
Au cours de cette conférence de presse, le Collectif a formulé huit recommandations à l’endroit des autorités compétentes.
Il demande notamment au District autonome d’Abidjan d’assumer ses responsabilités dans les conséquences des déguerpissements et de faciliter la mise en œuvre rapide d’une expertise immobilière contradictoire, transparente et exhaustive.
L’organisation réclame également une indemnisation intégrale des victimes sur la base des conclusions de cette expertise, ainsi que la préservation de leurs titres fonciers et de leurs droits sur les parcelles concernées.
À défaut d’un site de remplacement approprié, elle préconise la reconstruction, sur place, de maisons modernes permettant aux familles de retrouver un logement décent.
Le Collectif sollicite par ailleurs l’intervention du président de la République pour favoriser un relogement des populations sur leurs sites d’origine, ainsi que des mesures d’assistance d’urgence en faveur des familles les plus vulnérables dans l’attente de l’issue de la procédure judiciaire.
Enfin, il appelle les autorités à veiller à ce que les futures opérations de déguerpissement respectent les droits fondamentaux des populations, leur dignité et les procédures légales applicables.
Dans son propos, le Collectif a également évoqué la situation des populations de Koumassi-Campement, qu’il estime confrontées à des difficultés similaires en matière de relogement. Il déplore l’absence de solutions durables pour ces familles et appelle les pouvoirs publics à tirer les leçons de ces situations.
Tout en exprimant son indignation face aux conséquences des déguerpissements, l’organisation affirme vouloir poursuivre son combat par les voies légales, jusqu’à l’aboutissement de la procédure judiciaire.
Pour Rose Koné et les membres du Collectif, l’enjeu dépasse désormais la seule question des démolitions. Il s’agit de garantir aux familles concernées le respect de leurs droits, la réparation des préjudices et la possibilité de reconstruire leur vie dans la dignité.
Le Collectif appelle donc les populations de Yopougon Gesco à rester unies et mobilisées dans l’attente des prochaines étapes judiciaires.
Son message aux autorités est sans équivoque. « Les victimes veulent retrouver leurs terres, obtenir une juste réparation et bénéficier de solutions concrètes pour sortir de la précarité. Pour elles, le développement ne peut se faire au détriment des populations, mais doit s’accompagner du respect de leurs droits et de leur dignité.
BK
- Advertisement -


