Sept (7) organisations professionnelles agricoles ivoiriennes ont produit un communiqué, suite à l’actualité dans la filière café cacao et à la création de l’Institut du Café et du cacao (I2C) au dernier conseil des ministres du mercredi 23 septembre 2026. Ces organisations ont émis plusieurs interrogations dont elles attendent des réponses.
DÉCLARATION COMMUNE DES SEPT ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES AGRICOLES
Suite à l’actualité de la filière café-cacao et à la création de l’Institut du Café et du Cacao (I2C)
Les sept Organisations Professionnelles Agricoles, engagées dans la défense des intérêts des producteurs et dans la recherche d’une gouvernance transparente et apaisée de la filière café-cacao, suivent avec une attention particulière l’évolution récente de la situation.
Face au mécontentement exprimé par les producteurs, aux déclarations relatives à la fin de l’opération d’enlèvement des stocks de cacao de la campagne précédente et aux missions de sensibilisation annoncées sur le terrain, nos organisations estiment nécessaire de faire connaître leur position commune.
COMPRENDRE LES CAUSES DU MÉCONTENTEMENT DES PRODUCTEURS
La colère observée aujourd’hui dans le monde paysan ne saurait être réduite à la seule question du prix de la nouvelle campagne. Elle trouve également son origine dans les difficultés rencontrées au cours de la campagne précédente pour l’écoulement et l’enlèvement d’une partie du cacao produit. À cette situation s’ajoutent les préoccupations exprimées par de nombreux producteurs concernant le niveau du prix qui leur est payé.
Lorsqu’un producteur rencontre des difficultés pour écouler son cacao et considère ensuite que le prix qui lui est proposé ne répond pas à ses attentes et à ses charges, la frustration ne peut que s’accentuer. Il est donc indispensable de comprendre les causes profondes de ce mécontentement avant d’entreprendre toute opération de sensibilisation.
QUI A GÉRÉ LES STOCKS ?
Pendant plusieurs semaines, face aux interrogations relatives à la gestion des stocks, des responsables de l’OIA Café-Cacao ont publiquement renvoyé cette responsabilité au Conseil du Café-Cacao.
Or, dans ses communications récentes, le Conseil du Café-Cacao a lui-même fait état d’une gestion de cette opération avec l’OIA Café-Cacao.
Quelques semaines plus tard, le président de l’OIA Café-Cacao a annoncé, à son tour, dans la presse, la fin du processus d’enlèvement des stocks concernés par l’opération dite des « 100 000 tonnes ». Pour nos sept organisations, l’enchaînement de ces différentes déclarations indique, à tout le moins, une participation de l’OIA Café-Cacao à ce processus.
Il appartient donc désormais à l’OIA Café-Cacao et au Conseil du Café-Cacao de préciser publiquement leurs rôles respectifs et de présenter aux producteurs le bilan détaillé de cette opération.
DES INFORMATIONS QUI SOULÈVENT DE NOUVELLES INTERROGATIONS
Nos organisations rappellent également que le président de l’OIA Café-Cacao avait affirmé publiquement que le Directeur général du Conseil du Café-Cacao était catégorique : il ne serait pas question de « contenter » des responsables syndicaux de la filière par l’attribution de stocks ou de quotas de cacao à enlever.
C’est donc avec surprise que nous découvrons dans la presse des informations selon lesquelles un leader présenté comme président d’une organisation syndicale aurait bénéficié d’une opération portant sur plus de 1 200 tonnes de cacao résiduel.
Nos organisations ne présentent pas cette information de presse comme un fait définitivement établi. Toutefois, compte tenu de la contradiction apparente avec les déclarations antérieures, celle-ci mérite des éclaircissements précis et documentés.
Si aucun responsable syndical ne devait bénéficier de stocks ou de quotas à enlever, comment expliquer les informations aujourd’hui publiées concernant ces 1 200 tonnes ?
Qui a autorisé cette opération ? À qui appartenait ce cacao ? Selon quels critères ces volumes auraient-ils été attribués ? Dans quelles conditions ont-ils été enlevés et commercialisés ? Quels documents permettent d’en assurer la traçabilité ?
À ces questions s’ajoutent les informations faisant état de stocks qui auraient été déchargés sans apparaître dans certains inventaires disponibles. Nous ne souhaitons condamner personne sur la base d’allégations. Nous demandons que les documents, les chiffres et la traçabilité permettent d’établir les faits.
AVANT DE SENSIBILISER, IL FAUT RENDRE COMPTE
Nos organisations prennent connaissance des missions de sensibilisation envisagées sur le territoire national autour du prix et de la nouvelle campagne. La sensibilisation peut être utile. Mais elle ne saurait remplacer les réponses attendues par les producteurs.
Avant toute campagne nationale de sensibilisation, les sept organisations demandent à l’OIA Café-Cacao et au Conseil du Café-Cacao de présenter aux producteurs et à l’ensemble des Organisations professionnelles Agricoles un bilan détaillé, documenté et accessible de la constitution, de la gestion et de l’enlèvement de ces stocks.
Ce bilan doit notamment permettre d’établir : les volumes initialement recensés et inventoriés ; l’origine et les propriétaires des stocks concernés ; les volumes effectivement pris en charge, enlevés et commercialisés ; les bénéficiaires des différents lots et les critères d’attribution ; la situation des éventuels stocks non inventoriés ; les montants mobilisés et effectivement décaissés ; la situation et la destination définitive des stocks résiduels.
Les producteurs sont en droit de savoir : combien de tonnes ont réellement été prises en charge ? Combien ont été enlevées ? Par qui ? Au bénéfice de qui ? Selon quelles procédures ? Pour quels montants ? Et que sont devenus les stocks résiduels ?
LES SEPT ORGANISATIONS RÉITÈRENT LEUR DEMANDE D’AUDIT
Au regard de l’accumulation de ces interrogations, des informations publiées et des apparentes contradictions relevées dans les différentes déclarations, nos sept organisations réitèrent leur demande d’un audit indépendant, contradictoire et documenté de l’ensemble de l’opération, depuis la constitution et l’inventaire des stocks jusqu’à la clôture annoncée du processus d’enlèvement.
Cet audit n’est dirigé contre aucune personne ni aucune institution. Il doit permettre d’établir les faits, de garantir la traçabilité des opérations et de restaurer la confiance des producteurs.
On ne peut pas demander aux producteurs de tourner la page de la campagne précédente sans leur expliquer ce qui s’est réellement passé, puis leur demander d’adhérer aux orientations d’une nouvelle campagne. Avant de sensibiliser, il faut expliquer. Avant de demander la confiance, il faut rendre compte. Et lorsque des interrogations subsistent, la transparence doit permettre d’établir les faits.
CRÉATION DE L’INSTITUT DU CAFÉ ET DU CACAO (I2C)
Par ailleurs, les sept Organisations Professionnelles Agricoles saluent l’annonce faite par le Gouvernement, ce mercredi 23 septembre 2026, de la création de l’Institut du Café et du Cacao (I2C).
Nous accueillons favorablement cette initiative visant à renforcer la recherche scientifique, l’innovation et la compétitivité des filières café et cacao, et à apporter des réponses durables aux défis de la production, de la qualité, du changement climatique et du marché international.
Les sept organisations réaffirment leur disponibilité à accompagner cette initiative et souhaitent que les producteurs et leurs organisations représentatives y soient pleinement associés, afin que les avancées de la recherche bénéficient concrètement au monde paysan.
Les sept Organisations Professionnelles Agricoles réaffirment ainsi leur attachement au dialogue, à l’apaisement, à la transparence et à la bonne gouvernance de la filière café-cacao, dans l’intérêt supérieur des producteurs et de la Côte d’Ivoire.
Fait à Abidjan, le 23 septembre 2026
POUR LES SEPT ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES AGRICOLES
CRCI – CNMA-CI – SYNARFA-CI – SYPRODACI – APACIR – UNAJEPACI – SYNAJAMCC-CI
Les Présidents