Me Faustin Kouamé était face aux journalistes ce mercredi 03 septembre 2025 à Abidjan, au cours d’un point-presse en vue de répondre, en tant que homme de Droit à plusieurs préoccupations relatives aux conditionnalités pour participer à l’élection présidentielle d’octobre prochain etc. Ci-dessous, ses propos sur l’éligibilité des présidents Laurent Gbagbo du PPACI et Tidjane Thiam après leur radiation de la liste électorale.
Les présidents Laurent Gbagbo et Tidiane Thiam demeurent éligibles nonobstant leur radiation de la liste électorale. Dans le système électoral ivoirien, voter à une élection n’est pas l’accomplissement d’un devoir civique, mais l’exercice facultatif d’un droit. Par exemple, payer ses impôts est un devoir civique qui est obligatoire pour tous et assorti des sanctions, comme il en est du non accomplissement de tout devoir. On ne fait pas le rang pour se déclarer imposable, c’est l’administration qui détermine d’autorité, les personnes qui doivent payer des impôts, patentes, vignettes et etc. Comme il s’agit d’un devoir, le non accomplissement est donc sanctionné.
En Côte d’Ivoire, le vote n’est pas obligatoire, c’est pourquoi il est dit clairement à l’article 5 du code électoral que « la qualité de l’électeur est constatée par l’inscription sur une liste électorale. Cette inscription est de droit ». Mais on est libre de ne pas s’inscrire et inscrit en demeure libre de ne pas voter
A première lecture, le Président candidat Gbagbo semblerait être bloqué par le jugement correctionnel itératif défaut n°5200/2019 du 29 octobre 2019, sous le coup des dispositions de l’article 4 alinéa 3 du code électoral, qui lui aurait fait perdre la qualité d’électeur. Sachant qu’en matière pénale et criminelle, l’avocat qui ne représente pas son client mais ne fait que l’assister ne peut recevoir de convocation en lieu et place de son client. Est-on sûr que tout a été mis en œuvre, notamment par le Ministère de la justice et le Ministère des affaires étrangères, pour que le Président Gbagbo reçoive lui-même et lui seul, et non par son avocat comme cela aurait été possible en toute autre matière judiciaire ?
Est-on sûr qu’avec les données acquises de la technologie, ce procès ne pouvait pas se tenir par vidéo conférence ? Est-on sûr que la Juridiction qui a statué avait compétence pour le faire ?
Bref, par éducation républicaine et en raison de certaines fonctions républicaines occupées, je n’ai jamais porté d’appréciation sur une décision de justice ou même sur le fonctionnement du système judiciaire qui est le dernier rempart de la démocratie. Cependant, à un certain moment de la vie d’une nation ; lorsque le droit bien dit semble prouver ses limites, ne faudrait-il pas faire prévaloir la fonction d’utilité sociale du droit pour préserver la paix sociale et avancer malgré tout ?
S’agissant du Président Tidiane Thiam, sa situation juridique actuelle a transformé les obstacles électoraux le concernant, lesquels ont été aplanis avant la date butoir du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Ces obstacles ont tous été aplanis, transformant les situations de « compétences facultatives » qui se présentaient à la justice, incomprise alors, en situation de « compétences liées », sorte de voie judiciaire à sens unique.
Si donc deux ou trois de la soixantaine de candidats devraient être retenus, il nous paraît évident que le Président THIAM ne peut qu’y figurer.
En 1994, lorsque le Ministre d’État, Ministre de l’Intérieur ÉMILE CONSTANT BOMBET et le garde des sceaux, Ministre de la justice et des Libertés Publiques, soumettaient la loi organique portant création du Conseil Constitutionnel au Conseil des Ministres, nous passâmes trois (3) jours à nous accorder sur la dénomination de la Cour Constitutionnelle (comme dans la plupart des Etats francophones) ou le Conseil constitutionnel.
Finalement la dénomination Conseil Constitutionnel prévalu, en sorte que nous consacrâmes dans la loi organique des dispositions inédites, conservées à ce jour, qui permettent de ne jamais voir la République en faillite institutionnelle mais de tenir et d’avancer malgré tout.
Je voudrais à ce stade de mon propos, saluer respectueusement et rendre hommage à Monsieur le Ministre d’Etat EMILE CONSTANT BOMBET, Ministre sous le Président HOUPHOUET BOIGNY, puis dans les différents gouvernements successifs du Président BEDIE. Je voudrais lui dire merci de m’avoir appris la rigueur dans le travail. Merci surtout de me gratifier et de m’honorer de sa fraternité, en m’appelant jusqu’à ce jour toujours ‘’PETIT FRÈRE’’ et en me traitant comme tel.
Une sélection de Benoît Kadjo