Le secteur du bois en Côte d’Ivoire traverse une crise sans précédent. Lors d’un récent point- presse, Guy Koffi Kouadio, président de la plateforme des Artisans Professionnels de Côte d’Ivoire, a tiré la sonnette d’alarme sur la situation critique des menuisiers et ébénistes locaux. Faute de matières premières, une grande partie des ateliers à l’intérieur du pays est aujourd’hui totalement paralysée.
Le constat des professionnels du bois est sans appel. Selon ses derniers, les essences de bois nobles se raréfient et le marché local est délaissé. Bien qu’une mesure théorique impose aux scieries d’accorder 30 % de leur production aux artisans locaux, celle-ci n’est pas respectée. La majeure partie du bois brut quitte le territoire national pour l’international et la sous-région, privant les chantiers ivoiriens d’une ressource pourtant essentielle à la politique nationale de l’habitat.
À cela s’ajoute le calvaire logistique des artisans des régions d’Odienné, Man, Bondoukou, contraints de se déplacer jusqu’à Abidjan pour s’approvisionner auprès de revendeurs, ce qui fait exploser les coûts de transport.
Malgré cette situation, les artisans ont tenu à saluer les efforts de la Chambre des métiers, notamment de son président Bamba Kassoum, qui a obtenu une réduction drastique du coût de l’agrément d’installation. Celui-ci faut-il le noter est passé de près de 300 000 FCFA à 25 000 FCFA. Cependant, ce document ne permet toujours pas d’obtenir du bois légal auprès des scieries. Refusant le « sciage à façon » qui détruit leurs machines, de nombreux menuisiers se retrouvent piégés dans l’illégalité et exposés à de lourdes sanctions.
Face à ce péril qui menace l’avenir de l’artisanat, l’organisation dénommée Action nationale des professionnels du bois en Côte d’Ivoire a proposé des solutions concrètes pour sortir de l’impasse. Ce sont entre autres, l’organisation d’une table ronde. Celle devrait réunir d’urgence les ministères des Eaux et Forêts, de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, la Chambre des métiers et les artisans pour trouver un équilibre entre exportations et consommation locale.
En plus, cette organisation propose la création de centrales d’achat régionales pour faciliter le ravitaillement direct et légal des artisans à travers tout le pays. Aussi Action nationale des professionnels du bois en Côte d’Ivoire ne manque-t-il pas de soumettre comme autre solution un plan de reboisement national et inclusif. Celui devrait permettre aux artisans de s’engager à reboiser massivement les forêts ivoiriennes pour réparer le manque de suivi des décennies précédentes et pérenniser leur métier.
« Si le bois s’arrête, c’est tout l’artisanat qui s’arrête », prévient Guy Koffi Kouadio. Face à cette situation inquiétante, les professionnels demandent désormais un arbitrage ferme de l’État pour que le bois ivoirien profite en priorité au développement et aux travailleurs de la Côte d’Ivoire.
Mienmo