Côte d’Ivoire/ Cancer du col de l’utérus et VIH : Un double défi pour la santé des femmes

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En Côte d’Ivoire, le cancer du col de l’utérus est le premier cancer féminin en fréquence, avec une mortalité élevée due à un diagnostic souvent tardif. Pour les femmes vivant avec le VIH, ce risque est multiplié, exposant cette population vulnérable à une double menace.

Le cancer du col de l’utérus, causé majoritairement par une infection persistante au papillomavirus humain (HPV), représente en Côte d’Ivoire un problème majeur de santé publique avec environ 2 360 nouveaux cas annuels et un taux de mortalité de 62% (source PMC, 2021). La prévalence du VIH chez les femmes adultes est d’environ 4%, avec des disparités selon les groupes à risque. Cette co-infection accentue considérablement le risque de développer un cancer du col de l’utérus invasif, accélérant la progression des lésions précancéreuses vers le cancer (OMS, 2023). Pourtant, le dépistage reste insuffisant, freinant une détection précoce salvatrice.

Un risque multiplié chez les femmes séropositives

Le VIH affaiblit le système immunitaire, rendant plus difficile la lutte contre le HPV, principal facteur oncogène du cancer du col de l’utérus. En Côte d’Ivoire, près de 16,7% des patientes atteintes d’un cancer du col sont aussi porteuses du VIH, ce qui multiplie leur risque jusqu’à six fois plus que les femmes séronégatives (Étude Abidjan, PMC 2021). Plus largement en Afrique subsaharienne, le cancer du col de l’utérus cause plus de 75 000 nouveaux cas et près de 50 000 décès par an, aggravés par la prévalence de l’infection au VIH (Médecine et Santé Tropicales, 2017). Ce lien souligne l’urgence d’associer les programmes de lutte contre le VIH et le cancer du col, conformément à la stratégie « 90-90-90 » de l’ONUSIDA.

Pépé Sophie Goze, Présidente de l’ONG  » La Porte de la Nouvelle Espérance « , insiste : « Nous devons veiller à ce que les femmes vivant avec le VIH ne voient pas leur vie écourtée par ce cancer évitable grâce à la vaccination, au dépistage et aux traitements adaptés. »

Des freins persistants au dépistage et aux soins

Malgré les recommandations pour un dépistage annuel des femmes vivant avec le VIH, en Côte d’Ivoire la couverture reste très faible, estimée à seulement 1,2% dans certaines régions métropolitaines (PMC, 2019). Les raisons sont multiples. Ce sont entre autres les difficultés géographiques et économiques, la stigmatisation importante liée au VIH, le manque d’intégration des services de dépistage dans les soins VIH, la peur et la méconnaissance de certains examens comme le frottis ou les tests HPV.

L’ONG  » La Porte de la Nouvelle Espérance  » chez les militaires à Abidjan Plateau.

Cette stigmatisation sociale est particulièrement forte dans les zones rurales, où la peur d’être identifiée comme séropositive empêche certaines femmes de recourir aux soins (UNAIDS, 2019). Les examens souvent perçus comme douloureux ou invasifs freinent également l’adhésion au dépistage.

L’absence d’une offre intégrée entre soins VIH et dépistage du cancer accentue la perte de chances pour ces patientes. Une étude américaine souligne que la confiance dans la relation patient-médecin et un soutien social renforcé encouragent une meilleure participation au dépistage, un modèle à transposer à l’Afrique (AIDS Care, 2014).

Des solutions adaptées au contexte ivoirien

Face à ces défis, la Côte d’Ivoire a déployé des stratégies innovantes. Le projet SUCCESS, développé avec l’appui de l’OMS et d’UNITAID, a introduit le dépistage par auto-prélèvement HPV, permettant aux femmes de collecter elles-mêmes l’échantillon, augmentant ainsi l’acceptabilité et l’accès au dépistage (OMS Africa, 2025). Plus de 40 000 femmes ont été dépistées entre 2021 et 2023 grâce à ce programme, favorisant la détection précoce spécialement chez les femmes vivant avec le VIH.

Des campagnes multisectorielles, notamment portées par une coalition des ONG locales, militent contre la stigmatisation et encouragent la vaccination des jeunes filles, essentielle pour la prévention primaire du cancer du col de l’utérus. L’ONG  » La Porte de la Nouvelle Espérance  » fait partie de ces organisations qui font de la lutte contre le cancer du col de l’utérus, une priorité.

Entre mai et juillet 2025, cette ONG a mené plusieurs opérations de sensibilisation et de dépistage au marché d’Aboville, dans la commune du Plateau (État-major des armées de Côte d’Ivoire) et à l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB) de Cocody. Au total, plus de 95 000 personnes ont été sensibilisées, environ 2 700 dépistées, avec 61 anomalies détectées, 83 recommandations pour examens approfondis et 7 suspicions de lésions ou cellules cancéreuses.

Ces actions s’inscrivent dans une dynamique d’intégration des soins VIH et cancer, réduisant le nombre de déplacements et améliorant le suivi. La télémédecine et les formations continues du personnel médical participent aussi à améliorer la qualité et l’accessibilité des services, dans un pays où les ressources humaines en santé restent limitées.

Objectifs ambitieux pour une élimination possible

La Côte d’Ivoire s’inscrit dans les objectifs mondiaux de l’OMS visant à éliminer le cancer du col comme problème de santé publique d’ici 2030. Ces cibles comprennent la vaccination de 90% des filles avant 15 ans, le dépistage d’au moins 70% des femmes, deux fois dans leur vie, et le traitement efficace de 90% des cas détectés (OMS, 2023).

Des élèves filles du Lycée de Tanda ont dit oui au dépistage.

La prise en charge intégrée VIH-cancer du col est un levier clé pour atteindre ces ambitions. Selon les modélisations, la généralisation de ces mesures en Afrique subsaharienne permettrait d’éviter plus d’un quart des décès mondiaux liés à cette maladie, avec un impact majeur pour les femmes séropositives (OMS, 2017).

Le Dr Princess Nothemba Simelela, de l’OMS, rappelle : « Offrir des soins accessibles, non stigmatisants et intégrés aux femmes vivant avec le VIH, c’est faire un pas décisif vers l’égalité en santé » (OMS, 2023).

En Côte d’Ivoire, malgré le risque décuplé que représente la co-infection VIH et cancer du col de l’utérus, les solutions existent et commencent à porter leurs fruits. La clé réside dans la mise en place de soins intégrés, l’éducation, la vaccination, et la lutte contre la stigmatisation sociale. Par une mobilisation coordonnée des autorités, des ONG, des communautés et des partenaires internationaux, il est possible d’offrir à toutes les femmes ivoiriennes les moyens de vivre en bonne santé, quelles que soient leurs conditions.

Françoise Konan

#Côte d'IvoireCanser du col de l'utérusOMSVIH