Côte d’Ivoire : Présidentielle 2020 / Professeur Prao Yao : « Les 3 pièges dans la non-candidature du président Ouattara » Featured

09 Mar 2020
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Professeur Prao Yao Séraphin. Professeur Prao Yao Séraphin. Photo DR

Le président ivoirien Alassane Ouattara a annoncé le 5 mars 2020, qu'il ne sera pas candidat à un nouveau mandat en octobre 2020. C'était une annonce surprise, mais le président Ouattara justifie cette décision par son respect des engagements pris. Les militants du RHDP ont vite embouché leurs trompettes pour multiplier les qualificatifs à l’endroit du président Ouattara. Il serait à la hauteur de Mandela, Luther King voire le Dieu des démocrates.  Même si les militants et cadres du  Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ont été pris de court, ils ne pouvaient qu’accueillir cette nouvelle avec beaucoup d’émotion.

Cependant, la réaction d’une partie de l’opposition étonne et effraie les démocrates ivoiriens. Tétanisée par le régime Ouattara, l’opposition ivoirienne semble ne rien comprendre dans le jeu du président Ouattara. Dans les lignent qui suivent, nous voulons revenir sur le massage du 5 mars et mettre en exergue les trois pièges que les opposants ne perçoivent pas.

Premier piège : perdre de vue qu’il est l’auteur de tous les maux de la Côte d’Ivoire. En effet, l’entrée en politique du président Ouattara est très bizarre et mauvaise. En 1995, à Paris, il disait ceci « On ne veut pas que je sois candidat parce que musulman et du Nord ». En se faisant passer pour la victime, il s’est attiré l’empathie de tout Musulman se sentant victime d’ostracisme religieux ; mais également la sympathie de toute personne révulsée par la discrimination d’où qu’elle vienne. C’est ainsi que les frères du Nord se sont radicalisés car, comme on le dit, une identité marginalisée est une identité qui se radicalise. Il a longuement surfé sur la corde tribale et religieuse.

Réagissant au  mandat international lancé contre lui,  pour faux et usages de faux,  par le régime Bédié, l’opposant Ouattara disait ceci : « Je frapperai ce régime moribond, il tombera comme un fruit mûr ». L’Histoire a noté que quelques temps après, le régime Bédié est tombé, lors du fameux coup d’état de décembre 1999. Il ne faut pas oublié que le Coup d’état de 1999 était perpétré par des soldats dont la plupart faisait partie de la garde rapprochée de l’opposant Ouattara, quand il était premier ministre de la Côte d’Ivoire. En  2002, à Bouaké, il affirmait encore de façon guerrière, « il n’y aura pas d’élection sans moi. S’ils veulent qu’on mélange le pays, on va le mélanger ». Au regard de ce passé trouble, le président Ouattara ne peut pas se faire passer pour un politicien exemplaire. Il n’a fait que respecter, pour une fois, ses engagements politiques.

Deuxième piège : s’accrocher au pouvoir sans se présenter. Le président Ouattara n’a pas changé la Constitution pour rien. Il comptait faire un troisième mandant, mais c’est bien la mobilisation des démocrates ivoiriens qui a découragé ses ardeurs. Mais la parade trouvée est de réviser la Constitution pour donner une longueur d’avance au candidat du RHDP, monsieur Gon Coulibaly. En décidant de supprimer le « ticket » présidentiel, c’est une manière subtile de s’effacer au moment des élections tout en étant le potentiel vice-président de la Côte d’Ivoire si le candidat Gon est élu. Si ce plan ne marchait pas, il pourrait compter sur un autre. Le RHDP est capable de créer un pseudo coup d’Etat ou des troubles partout, en Côte d’Ivoire, pour éviter les élections. Dans ce cas, le mandat des parlementaires sera prolongé puisqu’il sera impossible d’organiser les élections dans les délais prévus.

Il ne faut surtout pas oublier les avertissements du diplomate Essy Amara, en ces termes : « il faut qu’on se prépare au pire cas possible, parce que moi, je sais que les gens (RHDP), pour rien au monde, ne vont laisser le pouvoir. Ce sont des hommes d’affaires ».

Troisième piège : indisposer Gbagbo et Bédié concernant son désir de passer le flambeau à une jeune génération. En effet, certains commentateurs ont vite fait de dire que la déclaration du président Ouattara visait à prendre de court Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, potentiels candidats à l’élection présidentielle d’octobre 2020. Notons que depuis la mort du "père fondateur" de la Côte d’Ivoire, Felix Houphouët Boigny en 1993, la vie politique était dominée par le trio de rivaux : Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié (président 1993-1999) et Laurent Gbagbo (2000-2010). Avec la situation du président Gbagbo, c’est bien le président Bédié qui est le bien placé pour sortir victorieux face à n’importe quel candidat du RHDP. Il est vrai que le président Gbagbo, aura 75 ans et son grand frère, Henri Konan Bédié, 86 ans, mais nous devons nous interdire toute conclusion hâtive. 

Aux Etats-Unis, le « vieux Trump » a succédé au « jeune Obama », sans un disfonctionnement de l’administration américaine. A notre avis, les vraies élections se dérouleront en 2025, où nous allons compétir avec nos idéologies respectives. Mais pour la prochaine élection présidentielle, elle consacrera une période de transition et de réconciliation. Les candidatures des présidents Bédié et Gbagbo ne doivent pas poser problème. Le président Bédié peut bien revenir au pouvoir en 2020, une façon pour la Côte d’Ivoire, de conjurer définitivement les démons de coup d’Etat dans notre pays. Dans tous les cas, les cinq années à venir seront des années de réconciliation nationale et non un véritable mandat. Pour notre part, il ne faut pas que les démocrates ivoiriens tombent dans le piège de l’ « âge » car le pays a besoin de voir autre chose que le théâtre hideux proposé par le RHDP. Même si l’alternative est portée par un «vieillard de 100 ans ou un jeune de 10 ans, les Ivoiriens s’en contenteront.

Pr. PRAO YAO SERAPHIN

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