Conflit intra-communautaire dans le Bafing / Un affrontement entre des jeunes musulmans et animistes à Kamassella fait des blessés et des dégâts matériels

19 Juil 2016
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Photo d'archives (DR) Photo d'archives (DR)

Un différend oppose, adeptes du maintien de l’animisme à ceux de l’islamisation du village de Kamassella, une bourgade communale, située à 5 kilomètres de Touba, chef-lieu de la région du Bafing. Le conflit en latence depuis 2012, a fini par éclater, dans la nuit du jeudi 14 juillet 2016. Selon les informations en notre possession, de chaudes empoignades entre deux groupes de jeunes, s’affrontant à l’arme blanche (bâtons, machette, pierre), ont fait, deux blessés ; un domicile saccagé et d’important dégâts matériels.

Le conflit, à entendre les protagonistes, tirerait ses origines dans la difficile ou l’impossible cohabitation entre les habitants des deux quartiers du village. A savoir, Mêyatiélla ; musulman et Mêkansêlla, majoritairement, animiste. Au dire de Diabaté Vamo dit Cheken, le camp d’en face, veut faire disparaître, une pratique ancestrale, vieille d’un demi siècle, léguée, par les ascendants, le ‘’Kôman’’. Le masque protecteur, dont les retombées de la perpétuation, sont innombrables pour le village et ses habitants. Selon lui, comme de tradition, chaque année, après le ramadan, une fête de réjouissance, est organisée au cours de laquelle, le ‘’Kôman’’ apparaît et preste.

Cette année, le 14 juillet est retenue en accord avec le chef de terre et le chef de village. Contre toute attente, poursuit-il, ce même jour, est choisi par la jeunesse du secteur Mêyatiélla, pour organiser un sermon, animé par Mory Bamba, un ressortissant du village voisin de Ferentella. Ce jeune, est présenté, comme un érudit islamique, réputé, être très engagé dans le combat contre les pratiques animistes : fétichisme, sorcellerie, mysticisme… « Une provocation de trop et intolérable », déclare Cheken.  Du moment où, seuls les hommes sont habilités  à voir le masque mystique alors que le prêche, devrait enregistrer la présence de la gent féminine.

Diabaté Cheik Souleymane, leader de la jeunesse musulmane, abondant dans son sens, affirme que faire venir Mory Bamba, à Kamassella, n’est aucunement de la provocation. Car justifie-dit, lui et ses pairs, mènent le combat pour leur liberté. La Côte-d’Ivoire, étant un pays laïc, ils ne demandent que vivre librement leur foi religieuse. Convaincus que le rayonnement de Kamassella, ne s’accommode guère, avec l’occultisme, l’idolâtrie. Clarifiant sa pensée, il précise que Kamassella, fondé au même moment que Koro, aujourd’hui, chef-lieu de département, est l’ombre de lui-même en matière de développement. Il ajoute, que l’activité religieuse du 14 juillet, ne visait en rien, le sabotage de la sortie du ‘’Kôman’’. D’ailleurs, à l’en croire, le prêche, se tenait à l’intérieur de son domicile, un espace clos, détaché du site de la danse.

C’est depuis, leur retraite, que vers 22 heures, sa résidence est attaquée à coups de pierres. Des vitres sont brisées et l’un des leurs, Soumahoro Soumaïla, est atteint d’une pierre sous l’œil droit. Sa réplique fait un blessé dans le camp adverse. Acculés, nous fait savoir, Diabaté Souleymane, lui et ses amis, ripostent. Ce qui permit de repousser les envahisseurs. Cap est donc mis sur la mosquée, le  lieu plus sûr, pour se mettre totalement à l’abri. C’était sans compter avec les hommes de Cheken, déterminés à en découdre physiquement avec Mory Bamba. Le lieu de culte, hermétiquement fermé, reçoit à son tour, une pluie de pierres, nous confie, un autre témoin. Le domicile du blessé Soumahoro, est littéralement saccagé.

Le chef du village, accuse…

Singo Diabaté, chef du village, apporte des précisions sur ce qui s’est réellement passé. En effet, selon la tête couronnée, ce sont les jeunes issus du secteur Mêyatiélla, dont lui-même est originaire, qui sont à l’origine de la bagarre généralisée éclatée, cette nuit-là. Alors que les jeunes animistes du quartier Mêkansêlla, avait eu longtemps à l’avance, l’autorisation de la chefferie, pour la tenue de sa  traditionnelle fête de réjouissance, du masque mystique, le ‘’Kôman’’,  leurs homologues musulmans, sans autorisation coutumière, invitent leur ‘’messie’’, Mory Bamba, pour un sermon, dans la même nuit. Et cela, non loin de la place publique où devrait se tenir la danse du masque. Qu’à cela ne tienne.

En revanche, à en croire le chef,  le prédicateur, à l’aide d’un microphone, a passé, tout son temps, dans son exposé, à débiter des propos, malveillants, injurieux et désobligeants à l’encontre des propriétaires de masques, qu’il a qualifiés d’impies. Ce sont ces mots, humiliants, qui ont mis le feu aux poudres. Les jeunes animistes,  se sentant offensés, exaspérés, décident donc, en représailles, à l’offense à eux faite, de prendre d’assaut, la villa où se tenait le sermon.  A coup de pierres, ils dispersent leurs frères musulmans. Bilan, deux blessés et des actes de vandalismes perpétrés au domicile de Soumahoro Soumaïla, un jeune de la communauté musulmane du village.

 Des violences que le chef Singo Diabaté, déplore et condamne. Le lendemain, dans la matinée, nous confie-t-il, la chefferie, a échangé séparément avec les deux parties au conflit. Dans la soirée, une grande rencontre avec l’ensemble du village, a permis, d’apaiser la tension et de tourner définitivement, la page de ce malheureux incident. Toutefois, les séances de sensibilisation se poursuivront, à l’effet, de renforcer la cohésion entre les jeunes de son village. Qui, d’ailleurs, « sont condamnés, à cultiver le  vivre ensemble », a-t-il affirmé.

Yan Kra, Région du Bafing

 

Last modified on mardi, 19 juillet 2016 21:42
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