Crise post-électorale gabonaise / Bongo comme Gbagbo en 2011 ?

05 Sep 2016
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Ali Bongo, le Président proclamé réélu sous fond de crise Ali Bongo, le Président proclamé réélu sous fond de crise

La crise postélectorale gabonaise qui se joue sous nos yeux encore médusés et abusés, a donné lieu en Côte d’Ivoire à un débat pour le moins malsain et risible, mêlant confusion, interprétations ridicules et fâcheuses et même mauvaise foi. Il faut le dire, c’est vraiment pathétique et même effarant cette propension de certains de nos compatriotes à vouloir juger, réduire et mesurer tout, vraiment tout, à l’échelle de la déculottée de l’ex-président ivoirien lors de l’élection présidentielle et de la crise qui en a résulté. C’est d’autant plus malheureux que même des intellectuels de haut calibre se laissent emprisonner dans ce carcan émotionnel qui frise le dogmatisme, à travers des prises de positions et argumentations  à la fois naines, simplistes et uniformes.

En effet, peut-on raisonnablement et valablement mettre sur la même balance de comparaison la situation actuelle au Gabon et celle vécue en Côte d’Ivoire en 2010-2011 ? Le penser ou le faire, comme le font certains de nos compatriotes, avec dédain, mépris, ironie, malice et même une délectation goulue, relève ni plus ni moins d’un amalgame honteux, d’un révisionnisme aberrant, d’un travestissement de l’histoire récente et d’une vacuité argumentative. On peut comprendre, et cela reste vrai, que le contexte dans les deux cas, reste le même, à savoir une crise née d’un contentieux électoral. Mais là, s’arrête la comparaison, sans plus.

Concernant le recomptage des voix au Gabon- puisque c’est la question qui agite bon nombre d’Ivoiriens- réclamé par le camp de M. PING et par la quasi-totalité de la communauté internationale, elle est de propos et opportune et ne relève d’aucun calcul politicien, l’objectif étant la recherche et la manifestation de la vérité des urnes. En revanche, en Côte d’Ivoire, le temps mis avant que M. Gbagbo ne fasse cette requête de recomptage des voix, son statut au moment de cette requête, demeurent sujets à caution et s’inscrivent juste dans le prolongement d’une stratégie d’enfumage, de diversion et de gain de temps.

En effet, pourquoi avoir attendu près de deux mois après le début du contentieux électoral pour envisager cette option de recomptage des voix ? Et, alors même que la situation sécuritaire et sociale était explosive, alors même que les mécontentements grondaient et gagnaient chaque jour en proportion, pourquoi M. Gbagbo, s’est-il précipité, pour se faire couronner roitelet, dans l’anonymat complet et l’indifférence totale qui sied à ce genre de forfaiture et avec la complice bénédiction de M. Yao  André qui a eu le génie  de lire le droit à rebours ? Dernière interrogation enfin. Ce recomptage des voix auquel M. Gbagbo s’était tant accroché comme on s’accroche à la dernière bouée de sauvetage, et que ses partisans, ironiquement, brandissent aujourd’hui pour railler le vol flagrant de la victoire nette de M. Ping, allait-il se faire avec ou sans les 500 000 voix  de M. ADO, artificiellement supprimées par M. YAO André ?

En Afrique, de malheureuses et dangereuses pratiques sont en train de faire école, qui constituent de véritables sépultures pour la démocratie. En effet, chaque fois qu’il y a des élections et qu’un chef d’État sortant est sanctionné dans les urnes, il tente toujours, à coup d’artifices, d’entourloupes, de menaces, d’intimidations et de violence, de se maintenir au pouvoir envers et contre tous. C’est dans cet esprit que se situent les manœuvres et le combat éhonté de M. Gbagbo en 2010-2011. C’est dans ce même esprit que s’inscrivent également, en 2016, les agissements et les mensonges de M. Bongo qui, c’est un secret de polichinelle, a bel et bien perdu les élections au Gabon. Gbagbo et Bongo, c’est le même combat, c’est la même posture de perdant, c’est le même déni de démocratie. Tout le reste relève du spéculatif et n’est que simple surenchère politique pour  endormir les consciences et conserver le pouvoir  à tout prix.

On peut comprendre l’ire et la haine de certains Ivoiriens à l’égard de M. PING qui, en tant que président de la commission de l’UA à l’époque, n’aurait pas donné le coup de pouce salutaire à leur champion Gbagbo ; on peut leur concéder aussi leur tendance à accuser systématiquement la communauté internationale en général et la France en particulier d’être la source des malheurs du prodige « enfant des élections», mais applaudir frénétiquement et soutenir inconditionnellement M. Bongo, dans sa forfaiture, est simplement scandaleux et inconcevable. Le faire comme le font bien des Ivoiriens actuellement, c’est encourager la perpétuation de toutes ces dictatures qui essaiment sur le continent.  Le faire, c’est être complices de tous ces chefs d’États qui, sous la gangue de démocrates, ne sont en réalité que de vrais tyrans. Soutenir M. Bongo et sa camarilla clanique, c’est contribuer à l’assassinat du  fragile processus de démocratisation sur le continent et donner la bénédiction à  tous ces chefs-d’États africains dont la culture et la pratique démocratiques ne se mesurent qu’à l’aune du nombre de morts, de dérives, de mal gouvernance, de piétinement des droits, de pauvreté et misère qu’ils sèment au sein de la population. Soutenir Bongo, c’est accepter d’être les fossoyeurs des espoirs et rêves de cette jeunesse africaine, si volontaire mais malmenée par des régimes vieillots et  liberticides, incapables du moindre projet de développement. Soutenir Ali Bongo, c’est contribuer à pousser encore cette jeunesse africaine, frustrée de ses espoirs, sur les chemins mortifères de l’immigration clandestine.

La démocratie est une belle construction qui a ses exigences. Elle ne saurait donc s’accommoder de mensonges et de petits arrangements, de falsifications grotesques et spectaculaires comme dans le Haut-Ogooué, ni de coupes étranges dans les suffrages exprimés à Bouaké, Korhogo… Il est temps, loin des intérêts partisans et égoïstes, loin des liens claniques et affinitaires, d’écouter et de laisser tout le pouvoir au peuple, seul et exclusif dépositaire de la souveraineté. Aucune CEI ni CENAP, aucun ministère de l’intérieur, aucun conseil constitutionnel, aucun individu, fût-il président de la République, n’est et ne sera jamais au-dessus du peuple. 

Et tous ces dictateurs qui, enivrés par les mirages du pouvoir absolu, aveuglés par le luxe et la luxure que ce pouvoir peut conférer, ont pensé, à un certain moment donné, être au dessus du peuple, l’ont bien appris à leur dépens. Et l’histoire est là pour nous en donner les meilleurs exemples et témoignages.

 Par Mayeul DANHOUE

Last modified on lundi, 05 septembre 2016 16:27
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