Situation sociopolitique / Innocent Gnelbin (Président de Force aux Peuples) : « Au lieu de traiter la grève des enseignants de politique, il faut voir d’abord l’aspect légitime » Featured

07 Mar 2019
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Le Président du parti politique ivoirien ''Force aux Peuples'' Le Président du parti politique ivoirien ''Force aux Peuples''

Le président de Force aux Peuples, Innocent Gnelbin, dans cette interview analyse largement l’actualité sociopolitique en Côte d’Ivoire.

Pourquoi avez-vous créé le parti ‘‘Force aux Peuples’’ ?

Nous avons créé ‘‘Force aux Peuples’’ pour combler un vide. Nous venons pour faire la politique autrement et gouverner la Côte d’Ivoire avec les peuples et dans leurs intérêts. Il faut bien au 21ème siècle que la politique sorte du sentier des clivages ethniques, du repli identitaire et autres pour être au service des populations ivoiriennes sans distinction de leur appartenance ethnique et religieuse, et qu’au-delà de nos différences et sensibilités, les acteurs politiques se préoccupent plus des questions d’intérêt national et de souveraineté, et qu’ils trouvent des solutions idoines aux nombreux défis à relever en matière de développement économique et social pour l’amélioration constante des conditions de vie de nos concitoyens. Que l’éthique, la bonne gouvernance et la démocratie soient une réalité pour un bien-être partagé.

Est-ce ‘‘l’incapacité’’ du régime actuel à satisfaire les Ivoiriens qui vous a motivé à créer ce parti ?

Nous avons constaté qu’après plusieurs décennies, les problèmes fondamentaux des ivoiriens (misère–chômage –accès limité aux soins de santé etc.) demeurent toujours. C’est donc l’une des raisons qui a justifié la création de Force aux Peuples. Si l’on jette un regard attentif sur les problèmes qui minent notre société, on peut, toutefois sans avoir la prétention de tirer une conclusion définitive, asserter que ces problèmes n’ont pas été appréhendés par les pouvoirs successifs de ces dernières décennies. En somme, ils n’ont pas encore trouvé de solutions appropriées à ces problèmes. Vous conviendrez avec moi, qu’on ne peut être au 21ème siècle et continuer de gouverner la Côte d’Ivoire comme au 20ème siècle avec pour conséquences ces maux que nous dénonçons. Car dans un Etat qui se veut moderne, ceux qui ont en charge la destinée des populations doivent tenir compte des évolutions du temps et faire des réformes économiques et structurelles conséquentes pour répondre aux nouveaux défis inhérents aux mutations sociales, économiques, démographiques et écologiques.

Quand on soutient que les Ivoiriens jouissent déjà des fruits de la croissance. Croyez-vous réellement à cette affirmation ?

Selon les chiffres officiels, la croissance en Côte d’Ivoire est à moyenne de 7 à 8%. Si cette performance économique a été saluée par la Banque Mondiale dans un rapport rendu public en 2018, l’institution a fait cependant remarquer que cette croissance n’est pas encore inclusive et a recommandé que les fruits de la croissance se fassent ressentir dans la vie des ménages ivoiriens. Le rapport de l’Union Européenne a aussi dénoncé un tel état de fait. Nous ne dirons pas le contraire étant entendu que nous vivons avec les populations, la grande majorité silencieuse dans les marchés, les zones rurales et dans les quartiers populaires, qui côtoient la précarité. Ce n’est pas évident que ces personnes-là, partagent l’avis du Chef de l’Etat. D’ailleurs, en décrétant 2019 comme l’année du social, il reconnait tacitement qu’il y a bel et bien des problèmes à résoudre, et qu’il faut donc consentir encore beaucoup d’efforts pour répondre aux préoccupations majeures des populations ivoiriennes.

Si votre parti prend le pouvoir. Quelle serait  votre priorité ?

La sécurité sociale. Parce que les grandes nations ont commencé par là.

Monsieur le Président, qu’est ce que Force aux Peuples nous réserve pour 2020 ?

2020 est certes une date importante pour notre pays parce que c’est en 2020 que les Ivoiriens seront appelés aux urnes pour choisir le président de la République qui gouvernera la Côte d’Ivoire et le Peuple ivoirien pour un mandat de 5 ans. Mais cette année aussi charnière soit-elle, ne devrait pas être la fin de toute chose, car après 2020, il y aura 2025, 2030…etc. Il ne faut pas susciter  trop de tension autour de 2020. Il faut au contraire faire baisser la tension. Il ne faut pas considérer le pouvoir comme une fin en soi, c’est juste un moyen. Les élections sont un moyen pour accéder au pouvoir d’Etat, et le pouvoir lui-même doit être aussi appréhendé comme un moyen en vue de travailler pour le bien-être du peuple.  Soyez rassuré qu’en 2020 Force aux Peuples aura son mot à dire lors de ces élections.

Force aux Peuples vient de voir le jour. Est-ce que votre parti est implanté sur tout le territoire Ivoirien ?

Nous avons une histoire avec le militantisme depuis plus de 20 ans, que nous capitalisons et que nous mettons à l’actif de notre Parti politique. Toute chose qui nous permet d’affirmer que nous sommes suffisamment représentés et travaillons à la structuration progressive et officielle de ces bases potentielles.

Depuis plusieurs jours les enseignants  sont en grève. Et, le gouvernement reste toujours muet à leurs revendications. Quelles analyses faites-vous de cette situation ?

Je compatis à la souffrance des enseignants et leur formule notre indéfectible soutien. La trêve, si cela devrait être, doit être décrétée de façon inclusive, c'est-à-dire avec l’accord des représentants légitimes des enseignants sur des bases objectives et consensuelles. Mais, lorsque la majorité des enseignants ne se reconnait pas dans cette trêve, le réalisme devrait pousser nos gouvernants à traiter ce sujet avec beaucoup de réserve, afin de trouver une solution au profit de tous. Avant de dire que la grève des enseignants est politique, je crois qu’il faut voir d’abord l’aspect légitime de cette grève. Les revendications tiennent compte des nécessaires évolutions inhérentes aux réalités sociales et économiques actuelles. En conséquence, cette grève est logique. Force aux Peuples réitère encore une fois son soutien sans faille aux enseignants et recommande au Gouvernement de se pencher sur leurs revendications pour éviter une année blanche pouvant compromettre davantage l’avenir de nos enfants et dans l’intérêt supérieur de toute la nation.

Quelle lecture faites –vous de l’alliance Soro, Bédié et Affi ?

Il faut retenir que le terrain politique est par excellence le lieu des alliances et que les alliances politiques se sont tissées par le passé, elles peuvent se tisser aujourd’hui et se tisseront dans l’avenir. Le problème n’est donc pas le principe des alliances, mais plutôt leur contenu. Force au Peuples fait le constat que la Côte d’Ivoire a connu de nombreuses alliances qui n’ont pratiquement rien donné en termes de réponses aux conditions existentielles de nos concitoyens et qu’il est temps qu’une de ces alliances apporte enfin le meilleur à notre Pays et à ses populations.  

Quel commentaire faites-vous de l’arrestation du Député de Fresco, Alain Lobognon ?

Il est vrai que personne n’est au-dessus de la loi. Mais, je n’adhère pas aux circonstances de son arrestation. Heureusement qu’il a été relâché.

Que dites-vous de la démission de Guillaume Soro ?

Aucune loi ne fait obligation au Président de l’Assemblée National de démissionner. Toutefois, nous regrettons que l'exécutif n'ait pas respecté les principes de séparation des pouvoirs, et qu'il se soit immiscé dans les affaires législatives en contraignant le Président de l’Assemblée Nationale á la démission. Cette façon de faire de l’exécutif est un peu cavalière.

Que pensez-vous du débat sur la suppression du FCFA ?

Je respecte la position du Président de la République, mais je ne la partage pas. L’argument de la stabilité monétaire est faible parce qu’il démontre une irresponsabilité de nos gouvernants. Le CFA est stable parce qu’il est arrimé à l’Euro qui lui-même est stable parce qu’il bénéficiât d’une zone monétaire stable. Cette stabilité est l’obligation politique et économique que les dirigeants européens se sont librement assignés, de démocratie et de bonne gouvernance. On ne peut donc pas continuer de bénéficier de bonnes pratiques politiques et économiques établies par d’autres Etats en refusant de nous assumer. C’est tout simplement être irresponsable. Au demeurant, il est temps pour nous de domestiquer nos richesses et cela passe par la maitrise de notre politique monétaire. Toute chose qui implique que nous ayons une monnaie unique et autonome dans l’UEMOA et la CEMAC.

Comment avez-vous reçu la nouvelle de la libération de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé ?

La Côte d’Ivoire n’aurait jamais dû déporter certains de ces enfants dans une prison étrangère. C’est une erreur stratégique qu’un Etat souverain ne devrait pas commettre encore qu’il s’agit entre autres d’un ex-Chef d’Etat. Maintenant que la justice internationale a acquitté le Président Laurent Gbagbo et le Président du COJEP, Charles Blé Goudé, le Président Alassane Ouattara, a là l’occasion de rentrer dans l’histoire en travaillant à faire entrer ces enfants du pays, afin d’apaiser le climat sociopolitique. Leur retour en Côte d’Ivoire est donc nécessaire afin qu’ils puissent participer au processus inclusif de réconciliation et de paix.

Votre dernier mot ?

C’est la force du peuple qui se reconstitue. C’est elle qui entraîne et qui agrège, qui bouscule l’ancien monde pour ouvrir de nouveaux horizons. En se revendiquant à nouveau souverain, le peuple s’est d’abord redécouvert acteur et non plus spectateur. Notre intelligence collective peut surmonter toutes les difficultés si nous nous mettons tous au service du bien commun. Nous devons assumer nos responsabilités non seulement pour nous-mêmes, mais devant l’humanité. Plus que jamais, tous ensembles, ayons la force et l'audace de croire et d'ouvrir de nouveaux espaces de liberté. C'est dans ces nouveaux espaces de liberté que nous construirons ensemble la Côte d'Ivoire de demain, une Côte d'Ivoire juste, inclusive et véritablement démocratique pour un bien-être partagé.  

Moussa Camara    

Last modified on jeudi, 07 mars 2019 21:33
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