Edito / Peut-on émerger dans un climat d’insécurité ? Featured

10 Aoû 2017
91 times

La Côte d’Ivoire vient de célébrer le 7 août 2017 dernier le 57ème anniversaire de son existence en tant que nation indépendante. Abidjan comme sur l’ensemble du territoire, cette date commémorative a été célébrée avec faste. Comme cela a été démontré sur la Première chaine de la télévision nationale.

 

Dans les différentes villes : défilés des hommes en arme, des populations et des discours ont meublé cette fête nationale. Tous ont vanté le travail fait par le chef de l’Etat. Ce qui est tout à fait normal. Parce qu’en 7 ans de pouvoir, le Président Ouattara a changé beaucoup de choses. Surtout pour un pays qui a traversé plusieurs années de crises. La preuve, lors de son premier mandat, le Président Ouattara a dit que les populations ne sentaient pas les fruits de la croissance parce que l’argent travaillait. En clair, priorité a été donnée à la reconstruction du pays. A savoir la construction et réhabilitation de routes, de pont, d’écoles, d’université…

Tout cela est normal et bien beau. Surtout quand l’on se donne l’objectif de faire de son pays un pays émergent à l’horizon 2020. Mais peut-on vraiment émerger dans un climat d’insécurité ? La préoccupation est d’autant légitime. En ce sens que la question de la réconciliation semble être rétrogradée au second plan.

Pour un pays qui sort fraichement d’une guerre interne très sanglante, avec au moins 3 000 morts, selon les chiffres des autorités compétentes, la réconciliation devrait être la priorité des priorités jusqu’à ce que la dernière plaie soit cicatrisée. Cela a besoin de temps. Comme l’on le dit souvent. Mais cela a également besoin qu’on y consacre du temps, de l’énergie et surtout de l’intérêt. Parce que quand l’on donne l’impression qu’il y a une justice à deux vitesses, On ne peut que donner raison à l’opposition qui a toujours soutenu cette thèse.

Des prisonniers diversement qualifiés. Prisonniers politiques pour l’opposition, pendant que le parti au pouvoir dit qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire, croupissent depuis 7 ans dans les geôles ivoiriennes sans jugement. Cela interpelle. Le déchirement entre alliés, la chasse aux sorcières dans son propre camp parce qu’on soupçonne l’un des siens d’être trop ambitieux, quand l’opposition est complètement ignorée dans les décisions qui engagent la République. Tout cela porte croire que les boulons de la consolidation de la paix sont mal fixés. Et qu’à n’importe quel moment l’on peut basculer dans la violence.

Ça, l’on n’a pas besoin d’être un spécialiste pour le souligner. Notre pays vit dans une paix relatives. Parce que l’atmosphère socio-politique est délétère. Et cela transparaît dans les différents discours. Le Président Ouattara lui-même l’a dit à la veille de l’indépendance. « Nous n’avons pas le droit de rajouter des moments de doute aux  difficultés que nos populations ont vécues depuis le début de cette année. Nos populations ne méritent pas ce débat au sein de la coalition au pouvoir ». Un message qui a également été appuyé par la Grande chancelière Henriette Dagri Diabaté lors de la cérémonie officielle de la célébration de la 57ème année d’indépendance du pays. Elle a même supplié les uns et les autres à ne pas détruire les acquis.

Et oui on est en droit de se demander à qui la faute ? Si le pouvoir ne met pas un point d’honneur sur la réconciliation, sur la paix sociale, sur le dialogue pouvoir opposition, sur ce qu’on a de fondamental pour un peuple qui a été déchiré par plus d’une décennie de crise interne, depuis le coup d’Etat de 99 ? Si certains politiciens avec leurs ambitions démesurées de parvenir coûte que coûte au pouvoir ont mis le feu aux poudres ? Si des politiciens parce qu’ils sont au pouvoir refusent d’honorer leur engagement parce qu’ils sont installés confortement dans le fauteuil présidentiel ?

Aujourd’hui, l’Ivoirien est inquiet. Inquiet parce que des bandits de grand chemins courent toutes les rues, armes au point, pour se ravitailler en arme dans nos commissariats, pour libérer les prisonniers, considérés comme des hors la loi. L’ivoirien est inquiet parce qu’en pleine journée, en plein Plateau, dans la capitale économique, des individus, face aux nombreux dispositifs de sécurité ont pu avoir accès au Palais de Justice pour faire évader des prisonniers. Sans qu’il n’y ait de réaction de nos forces de sécurité qui ont été présentés avec émotion lors du défilé militaire le 7 août 2017 sur l’esplanade du Palais de la Présidence de la République. Toujours le jour de la célébration du 57ème anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Et oui, peut-on aller à l’émergence dans ce climat d’insécurité ? La question reste posée. A nos dirigeants de nous montrer que nous avons tort de nous inquiéter. Et que sans la réconciliation, dans l’insécurité, la Côte d’Ivoire sous leurs auspices, peut connaître un deuxième miracle après celui des années 70.

Benoît Kadjo

Rate this item
(0 votes)
JusteInfos

L'information mesurée et sans passion.

Website: www.justeinfo.net
Login to post comments

 Entreprise: Groupe JBK

(En cours de constitution)

Tél:  (+225) 07 77 61 60

        (+225)40 37 56 44

 

RESPONSABLE:

BENOIT KADJO

Galerie photo